Charlotte Fabre, Femme de Théâtre

 

Cette saison, Charlotte Fabre est partout, en plus d'être l'une de nos très estimée professeurs de théâtre, trois projets de notre programmation lui sont affiliés : Tsarevna la Grenouille, que l'on pourra voir le 6 novembre, Le Malade Imaginaire le 24 Novembre et enfin elle clôtura notre saison avec Alice au Pays du Jazz.

Découvrez cette femme de Théâtre.

 

 

Présentez Vous ? Quels sont les mots qui vous définissent le mieux ?

 

     Le mot qui me définit le mieux est assurément "collectif". Parce que, je ne conçois pas ma vie de comédienne ni de metteur en scène, sans les autres, les amis, ceux qui sont ma famille de théâtre, avec laquelle et pour laquelle je fais du théâtre.

    Et le second serait: "ludique" parce que pour moi le théâtre, qui est une des principales préoccupations de ma vie, est l'espace du jeu, dans tous les sens du terme. J'adore, que ce soit, dans mes cours ou dans mes mises en scène, tester, perfectionner ou inventer des jeux.

 

Pouvez-vous retracer les grandes lignes du parcours qui vous ont amené sur les planches ?

 

      Pour être très honnête, je ne sais pas ce qui m'a pris de vouloir faire du théâtre. Arrivée en terminale, il a fallu choisir que faire ensuite .. Et après quelques heures de cours de théâtre, j'ai déclaré que je voulais en faire ma vie. Pourtant, ce n'était pas gagné... J'étais extrêmement timide et je n'y connaissais rien du tout! J'ai eu quelques années d'errance au cours Florent où je ne trouvais pas vraiment ma place (trop grand, trop tout) bien que j'y aie appris de bonnes bases. Puis j'ai passé le concours d'entrée au conservatoire de Versailles, et c'est à partir de ce moment que tout a pris sens. J'y ai reçu un super enseignement, et fait plein de rencontres, dont certains de mes plus proches amis et "collaborateurs", j'ai commencé à comprendre un peu mieux quelle comédienne j'étais et quelle metteur en scène je pouvais devenir.

     Et puis c'est au conservatoire que j'ai rencontré Jean-Daniel Laval qui était mon professeur! Il m'a donné ma première chance en m'offrant un rôle dans l'Avare, et il m'a adoptée dans sa compagnie.

      Après nos études, mes amis et moi avons créé un collectif autour de nos envies de théâtre, le collectif la salle M, et puis j'ai rencontré Pauline avec sa compagnie de théâtre jeune public, et nous voilà à Fontenay pour jouer Tsarevna.

 

 

Cette Passion pour le Théâtre, comment vous est-elle-venue ?

 

      J'ai toujours eu envie d'une existence dans laquelle je trouverai mon propre rythme, ma propre façon de voir les choses et de les communiquer au monde. J'ai aussi toujours eu besoin de fédérer, de m'entourer de personnes avec qui je peux partager des idées et des envies. Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu l'instinct que c'est le théâtre qui me donnerait les solutions.

     Cela n'a pas été évident dès le début parce que je n'étais pas très douée, et que la plupart des écoles ne nous forment pas vraiment à cela : à nous rassembler, à prendre confiance en qui on est et à développer une pensée. Ce sont pourtant les seules choses valables que l'on doit retenir, je crois, des cours de théâtre! Mais j'ai fait les bonnes rencontres, et après quelques moments difficiles, je sais maintenant que je suis entourée de personnes avec qui continuer le combat (parfois, faire vivre cette passion s'apparente vraiment à un combat, idéologique, physique et aussi financier)

 

Si vous deviez donner une définition au Théâtre, qu'elle serait-elle ?

 

    Je dirais que c'est l'organisation consciente autant qu'inconsciente d'un certain nombre de codes visant à produire la représentation tangible de choses impalpables. Plus personnellement, pour moi c'est paradoxalement l'endroit où il faut être le plus honnête et le plus en contact avec la réalité.

 

Question internaute : « Kevin Bardon : Bonjour Charlotte Fabre, était il, pour vous, une suite logique à votre carrière que de passer de comédienne à metteuse en scène ou juste une envie de porter plusieurs casquettes ? »

 

Bonjour Kevin. Merci pour cette question.

     Alors pour tout vous dire, je crois que j'évolue en tant que metteur en scène au même rythme qu'en tant que comédienne. L'un nourrit l'autre en permanence.

    Je crois vraiment que tout cela fait partie du même processus créatif, c'est ce métier que j'appelle "faire du théâtre" et dans lequel j'essaie de me mouvoir de manière cohérente.

     Disons qu'être metteur en scène décuple, pour moi, l'émerveillement de voir naître les spectacles, décuple l'admiration que j'ai pour "mes" acteurs et pour les acteurs en général, décuple les corvées durant la création, décuple la sensation de responsabilité, décuple la joie que j'ai de travailler, décuple les problèmes, les nuits sans sommeil à chercher des solutions, les remises en question, les frustrations, les fiertés, les frissons. Mais tous ces ingrédients sont déjà présents dans le travail de comédienne.

 

Comment est né le Projet Tsarevna La Grenouille ?

 

     Tsarevna la Grenouille a commencé à exister grâce à Pauline Mongin, comédienne et directrice de la compagnie l'Envol du Regard. J'étais comédienne depuis peu dans sa compagnie, et elle m'a fait confiance en me proposant de mettre en scène le spectacle de mon choix, en vue de le créer au New Morning, la mythique salle de concerts parisienne.

     Après avoir mis en scène une adaptation de La Mouette de Tchekhov, et travaillant activement, à l'époque, à la création de L'Homme des Bois, une autre œuvre tchekhovienne, je suis naturellement restée dans mon obsession pour la littérature russe...

et j'ai fouiné partout pour trouver un conte russe qui pouvait parler aux enfants d'ici et d'aujourd'hui de quelque chose d'important. et je tombe sur celui-là, qui avait besoin d'un peu de rafraîchissements (pour éviter les vieux idéaux sexistes notamment) mais qui enseignait beaucoup de choses que l'on doit savoir au plus vite quand on est petit: la valeur de la gentillesse, l'importance de se faire confiance et de faire confiance aux autres, la stupidité des préjugés.

     Et puis voilà, on s'est réunis en plein hiver dans un endroit génial, mais sans chauffage ni isolation, et malgré les doigts congelés (ou grâce à eux !) nous avons pondu ce petit spectacle chaleureux que j'adore.

 

 

La pièce a déjà été jouée plusieurs fois, dans différents établissements, qu'en est-il de l'avis des publics ?

 

     Notre but a été atteint. Nous avons joué aussi bien dans des théâtres que dans des salles polyvalentes, des gymnases, etc.. Et il en ressort à chaque fois une chose: les parents et professeurs sont aussi heureux que les enfants. C'est l'une des priorités de cette compagnie, nous faisons des spectacles pour les enfants qui sont aussi dégustés par les parents. On se dit que c'est mieux pour tout le monde: les conversations en famille n'en seront que plus riches.

     Une fois, nous avons eu tout un groupe de familles russes dans la salle. On a eu très peur, parce que dans le spectacle, nous parlons un russe imaginaire qui aurait pu les offenser, mais en fait, ils ont très bien compris qu'il s'agissait plus d'une évocation poétique que d'une parodie, et ça les a fait beaucoup rire.

     Je crois que notre envie de faire un théâtre convivial, vivant, pas prétentieux mais exigeant, a été respectée avec ce spectacle, car ce sont les retours qui nous sont souvent faits.

     J'espère que les spectateurs de Fontenay seront aussi de cet avis.

 

 

En Novembre, vous serez Angélique dans le Malade Imaginaire pouvez-vous nous parler de votre personnage ?

 

     Voilà déjà un bout de temps que j'ai abordé ce rôle, je commence à bien la connaître! Nous avons joué Le Malade, il y a un peu plus de 3 ans, et à l'époque, je ne saisissais pas toute l'importance de ce personnage féminin. Mais après un re-travail en juin dernier avec Jean-Daniel, j'ai enfin saisi qu'elle était bien plus qu'une jeune première à fort caractère: elle est chargée d'une puissance féministe qu'elle défend fièrement, elle porte un propos tout à fait soutenable de nos jours, sur la liberté des femmes de disposer de leur corps et de leur destin.

 

    Elle ne triche pas, elle est franche, révoltée, elle se bat pour ce en quoi elle croit sans faire de compromis. Ce qui ne l'empêche pas d'être une figure d'amour galant autant que filial. La femme idéale !

 

Vous n’arrêtez pas puisque vous clôturez la saison avec Alice au Pays du Jazz, comment vous est venue l'idée de cette adaptation ?

 

     Oui, c'est vrai ! En fait, c'est la directrice du New Morning qui nous a demandé un spectacle jeune public sur le Jazz... Sacré défi ! Ce n'est pas a priori la musique vers laquelle se tournent les enfants. Et nous ne voulions en aucun cas proposer un spectacle didactique un peu ennuyeux qui n'aurait pas rendu justice à l'histoire du Jazz. Pauline, avec qui j'ai coécrit le texte, a eu un jour cette fulgurance à propose d'Alice au Pays des Merveilles. Alors, on s'est assises autour d'une tasse de thé, et les correspondances entre le roman de Lewis Caroll et l'histoire du Jazz ont commencé à se dérouler sous nos yeux.

    La chenille devenait Django Reinhardt, le chat devenait Miles Davis, et plus important encore, cette histoire parlait d'oppression, de transgression, de justice et de liberté, qui sont des problématiques qui ont toujours traversé et modelé la musique Jazz. C'est par ce prisme que nous avons abordé le spectacle. Et puis nous avons réuni l'équipe de Tsarevna, on a agrandi la famille, et voilà, le spectacle est né.

 

 

Qu'est-ce-qui vous enthousiasme dans le fait de donner des cours de Théâtre à Fontenay-Le-Fleury ?

 

     Ah, cela, c'est mon petit plaisir du mercredi ! Depuis l'année dernière, je donne cours aux enfants, et cette année, j'ai un groupe d'adultes en plus. Bon, c'est sûr, à la fin de la journée, je suis épuisée... Mais animer des ateliers, cela fait complètement partie de ma manière de voir le théâtre, comme un rituel à partager, comme une façon de dire au monde qui on est et de mieux comprendre le reste du monde, et puis comme un espace de jeux où l'on rigole bien.

    Ici à Fontenay, les conditions sont idéales (elles ont intérêt, vu que je mets 1h45 de chez moi pour arriver jusqu'ici). L'environnement est familial, rassurant, joyeux. L'équipe du théâtre est super-efficace et souple. Mon groupe d'adultes est toujours prêt à tenter des expériences, j'apprends beaucoup en échangeant avec eux. Les enfants auxquels je donne les cours sont les meilleurs du monde et je ne les échangerais pour rien au monde! Grâce à ces ateliers, aux contacts avec les parents, avec l'administration du théâtre, je me sens un peu Fontenaysienne, au fond.

 

 

Quel est votre rêve le plus fou ?

 

     Question difficile, pour moi qui travaille chaque jour à être plus pragmatique! En fait, l'idéal, ce serait de pouvoir travailler sur mes créations sans contrainte de temps ni d'argent. Cela paraît bête, mais c'est vraiment mon rêve le plus fou, pouvoir créer tranquillement dans ce confort de temps qui nous manque toujours. Mais enfin, "l'art naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté" comme dit Gide, alors je ne me plains pas.

 

 

Quels seront vos futurs projets ?

 

    Cette année, je vais travailler avec des amis sur un projet qui parle de sociologie, d'enquête sur le terrain et de vocabulaire. Un gros travail passionnant que l'on a amorcé en juin dernier.

    Et puis je cherche un moyen de retravailler sur le Révizor, que l'on a créé la saison dernière à Fontenay, pour le jouer ailleurs, autrement, avec d'autres volontaires.

    Et plein d'autres envies qui vont prendre forme, d'une façon ou d'une autre!

 

 

Merci à Charlotte Fabre pour sa générosité.

 

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