Marie Ballet en entretien avec Théâtrices pour parler de Nema au Théâtre de Fontenay-le-fleury

 

 

C'est un projet tout particulier que le théâtre de Fontenay-le-Fleury propose pour la troisième fois dans ses murs : inviter des habitants de la ville à participer à la création d'un spectacle en partageant la scène avec des artistes professionnels. Cette année, onze Fontenaysiens et Fontenaysiennes ont joué dans Nema, pièce écrite par Koffi Kwahulé et mise en scène par Marie Ballet. Cette dernière a, tout au long du mois de janvier, fait travailler amateurs et professionnels sur cette pièce qui raconte l'histoire de Nema, domestique chez Idalie avec qui elle partage comme point commun d'avoir un mari violent. Rencontre avec Marie Ballet.

 

Le désir de la langue

 

«Mon désir de monter une pièce part souvent de la langue, de ce qu'il me semble intéressant d'en faire sur le plateau, d'en faire travailler des acteurs, de l'incarner, de la transmettre. La langue de Koffi Kwahulé est très riche et très originale, très musicale. Elle est en même temps poétique et concrète, ce qui permet à la fois d'être au présent et de donner une place au lyrisme, à l'imaginaire, à l'improvisation. Cette rencontre avec l'écriture de Koffi Kwahulé m'a conduit à plonger dans la thématique des violences faites aux femmes. C'est lors de la phase de préparation, en l'explorant, en me documentant, que j'ai pris conscience de l'importance et de l'actualité de ce sujet. On trouve des récits et des témoignages mais l'avoir sur scène permet de toucher les gens d'une autre manière.

Parler des violences faites aux femmes ne résultait pas d'une volonté manifeste. Nous ne voulions pas situer notre travail dans la revendication ; ne jamais apporter de réponses – nous ne les avons pas – mais plutôt poser des questions, ouvrir le dialogue afin que le spectateur puisse repartir avec des problématiques, des questions en rapport avec ce qu'il a entendu, avec son histoire, avec son imaginaire.»

 

Spectacle participatif ?

 

«Le spectacle a été créé en novembre 2015 et joué quinze fois (au Hublot à Colombes et au Théâtre de l'Opprimé à Paris) avec une configuration "normale" : les six comédiens incarnaient les six personnages sur scène. Le théâtre de Fontenay-le-Fleury m'a proposé de faire participer des habitants de la ville. Nous avons trouvé intéressante l'idée d'intégrer un groupe d'habitants et de "recréer" le spectacle. Grâce au projet de théâtre participatif, ces onze Fontenaysiens deviennent acteurs sur scène. Cependant, il ne s'agit pas de la participation du public. J'ai toujours un souci de la place du spectateur, il ne doit pas rester passif mais je n'attends pas de lui qu'il participe. J'essaye dans la mise en scène, dans la manière de diriger les acteurs, de toujours laisser ouverte la place des spectateurs, leur laisser la possibilité d'avoir leur place pour imaginer, rêver, projeter des choses, mais sans trop lui en donner.»

 

Un coryphée

 

«Mon travail avec les habitants a été très différent de celui avec les comédiens professionnels. Avec ces derniers, nous avons beaucoup développé la mise en bouche du texte, l'incarnation de cette langue. Dans la pièce, les répliques ne sont pas distribuées. Cela permet une écoute particulière, permet par exemple de s'approprier des répliques. Quant aux habitants de Fontenay-le-Fleury, ils n'ont quasiment pas de répliques tirées directement de la pièce. Nous n'avons donc pas fait ensemble ce travail sur la langue. Je leur ai proposé d'apporter un texte, une musique, une chose qui pourrait servir. Bon nombre d'entre eux ont apporté des petites annonces (il y a tout au long de Nema un personnage, Taos, qui en lit régulièrement), d'autres des poèmes de Charles Baudelaire (il y a aussi dans la pièce des références aux Fleurs du Mal), d'autres encore des chansons qui parlent d'amour ou des femmes ou des rapports hommes-femmes. À partir de ce matériau, nous avons construit un texte posant au début des thématiques, des motifs qui seront repris au long de la pièce, résonnés dans la suite. Avec les habitants, nous avons également abordé la forme du chœur – selon des règles plus souples que celles du chœur antique – soit une écoute collective difficile à trouver. Je leur ai fait faire énormément d'exercices de chœur, d'écoute, de disponibilité ; exercices dont on peut dispenser les comédiens professionnels. Nous nous sommes aussi attardés à préciser les regards. C'est très différent de ce que j'ai fait avec les comédiens professionnels.»

 

Théâtrices. Parlez-moi d'une théâtrice.

 

Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l'artiste que vous êtes ?

 

Marie Ballet. En tant que spectatrice, j'aime beaucoup les spectacles de danse. Je n'ai pas raté un seul spectacle de Pina Bausch. Le fait qu'elle soit une femme n'est certainement pas indifférent à mon admiration pour elle, pour la façon dont elle laissait la place aux femmes sur scène, pour la façon dont elle parlait des femmes et du rapport hommes-femmes avec beaucoup d'humour et de violence. J'ai été marquée par son univers.

 

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans la mise en scène ?

Une place de plus en plus importante. J'ai l'impression qu'elles sont nettement plus nombreuses aujourd'hui. Grâce aux associations comme le Mouvement HF sur les femmes dans la culture, on prend conscience des statistiques, du nombre de femmes à la direction des lieux, à la mise en scène, des femmes qui ont la parole. En revanche, trouver de l'argent ou des partenaires pour un projet reste plus facile pour un homme que pour une femme. On peut encore progresser sur cette question de la confiance. Notre société est structurée sur certains stéréotypes que l'on pourrait faire bouger notamment en changeant les modes d'éducation de nos enfants.

 

Que signifie pour vous "être une femme, aujourd'hui, dans le monde" ?

 

Être une femme est une chance.

 

Merci à Marie Ballet pour son implication dans notre projet de Théâtre Participatif, aux apprentis comédiens-citoyens qui ont donnés d'eux même pour faire résonner le texte fort de Koffi Kwahulé et enfin merci à Théâtrices pour nous avoir écrit ce bel article.

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