Interview de Jacques Dau, comédien

Spectacle SACCO&VANZETTI - Vendredi 8 avril 2016 - 20h30


En compagnie de Jean-Marc Catella, votre presque jumeau, vous avez eu de très gros succès avec vos pièces précédentes sur des sujets drôles et traités avec une rare qualité d’humour. Aujourd’hui vous vous attaquez à des personnages au destin tragique, est-ce pour vous faire pardonner d’avoir fait rire la France entière ?

 

C'est une très bonne question ! Mais en fait pour être très clair, quand j'ai lu le texte je me suis dit que c'était impossible de passer à côté d'une telle histoire. Rire ou ne pas rire telle est la question. On a même eu peur Jean-Marc et moi de perdre une partie de notre public qui venait généralement pour rire. Mais, au fil du temps on se rend compte qu'ils sont toujours là, fidèles et ravis de ce virage à 180°.

 

Quand on est brillant dans le registre de l’absurde au théâtre, est-il concevable d’aborder le sérieux ?

 

Pour répondre à cette question il suffit de se dire que pour un comédien un rôle est un rôle. Qu'il n'y en a pas de faciles, qu’il n'y a pas de sous-rôles et que le rire ou les larmes sont deux réactions possibles dans une palette d'émotions immense.

 

Quand on incarne un personnage historique comme Sacco ou Vanzetti, aussi impliqués politiquement, est-il besoin d’adhérer à sa cause pour l’interpréter avec la justesse nécessaire, sans trahir ses sentiments ?

 

Déjà il est très rare au théâtre d’incarner des personnages ayant existés. Pour ce qui me concerne je joue Vanzetti, innocent. Et, évidemment, je me sens très proche de ses idées qui ne sont que des idées de justice, d'égalité et de fraternité humaine.

 

Avez-vous eu au cours des représentations des commentaires révoltés ou indifférents de la part du public ?

 

Jamais ce spectacle n'a provoqué l’indifférence. Ou, tout du moins, les gens indifférents ne sont pas venus nous le signifier. Par contre, la révolte du public est toujours au rendez-vous. Ce spectacle nous donne à tous l'envie de nous battre car nous sommes tous, quelque soient nos origines, notre manière de penser, nos opinions, des êtres humains qu'il faut respecter avant tout.

 

Et si manque de réactions, pensez-vous que le théâtre est encore un support efficace pour faire passer des messages importants ?

 

Dès que quelqu'un prend la parole pour donner son avis ou pour manifester sa joie, sa tristesse, son énervement ou sa colère, il fait passer un message. Le sien. Toute parole est un message. Lorsque le public rit, c'est bien qu'il a reçu un message. Lorsque le public se révolte parce que l'histoire qu'on raconte est d'une injustice avérée, c'est parce qu'il a reçu un message. Mais, en ce qui me concerne, je ne dis pas un texte pour envoyer un message. Ce n'est pas l’acteur que je suis qui envoie un message c'est le texte lui même.

 

Pensez-vous qu’à travers ce spectacle vous faites oeuvre de pédagogie

 

À proprement parler, ce n'est pas un spectacle pédagogique. Certes, les personnages racontent une histoire vraie mais ce n'est pas pour autant qu'ils font oeuvre d'apprentissage. Le texte met à jour une partie de notre histoire mais jamais il ne demande aux spectateurs de l'apprendre et de la comprendre, ce que la pédagogie est dans l'obligation de faire.

 

Vous accepter d’interpréter des anarchistes ! Vous engageriez vous de la même façon sur une personnalité fasciste victime d’injustice ?

 

A priori, j'accepterais d'interpréter n'importe quel type d'être humain. J'avoue que je suis beaucoup moins doué pour interpréter les animaux. Dans ce spectacle, je n'interprète pas un anarchiste, j'interprète un être humain frappé d'injustice. Il se trouve que c'est à cause de ses convictions qu'il est maltraité par la société américaine mais c'est d'abord un être humain. Que serait une personnalité fasciste victime

d'injustice ? Quelqu'un qui prône la race supèrieure devrait-il être défendu ? Quelqu'un qui permet aux gens de parler sous la torture devrait-il être défendu ? Quelqu'un qui considère qu'un enfant, qui n'est pas de la même obédience que lui, doit mourir comme un chien, devrait-il être défendu ? Et s’il n'est pas défendu, y a-t-il injustice ? La réponse est dans la question.

 

Que croyez-vous qu’il reste dans l’esprit d’un spectateur, au cours des semaines qui suivent la représentation ?

 

Comme pour toute chose, la vie passant extrêmement vite, les informations étant très nombreuses, il me semble que les spectateurs doivent laisser un peu de côté ce qu'ils ont ressenti lors de la représentation de ce spectacle... Mais, si j'avais un souhait, j'aimerais que restent présents à leur esprit l'engagement total des acteurs et la beauté de ce texte historique et pourtant tellement contemporain.

 

Est-ce qu’en fin de soirée, après la pièce, vous êtes affecté par votre prestation.

 

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, en sortant de scène après avoir joué Sacco et Vanzetti, je me sens plus léger qu'avant. Le fait d'avoir dit ces mots avec lesquels je suis complètement d’accord me donne le sentiment d'avoir fait à la fois mon travail de comédien et mon travail de citoyen.

 

Un mot au public qui va découvrir votre extraordinaire travail ?

 

Les acteurs ont besoin du public, le public a besoin des acteurs. Ce qui se dit dans un théâtre entre la salle et la scène, entre la scène et la salle ne se dit nulle part ailleurs. Je pourrais parler de la représentation en elle-même mais ce serait de ma part très prétentieux car, même si je connais cette histoire depuis longtemps, je n'ai jamais vu ce spectacle.

Et pour cause !

 

Merci à Jacques Dau !

 

La presse et le public en parlent ! Sacco & Vanzetti avec Jacques Dau & Jean-Marc Catella

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